Made in Taïwan….. about theater !
Cet espace d’expression vise à compléter d’une certaine façon le site de la revue marseillaise du théâtre puisqu’il est et sera essentiellement dédié à l’art théâtral taïwanais comme pouvait le laisser pressentir le premier article publié ici.
Pourquoi Taïwan, me demanderez vous? Parce que l’origine chinoise de l’île de Formose, parce que sa particularité insulaire. Taïwan, notamment Taipei (sa capitale), représente aujourd’hui un bel exemple d’ouverture et de liberté depuis l’arrêt de la loi martiale il y a quelques vingt-deux ans… Et cette ouverture vers l’universalité se ressent bien plus fortement dans le théâtre taïwanais… que j ‘ai pu découvrir en 2006 avec un spectacle de Ma Chao Chi, jeune clown taïwanaise.
Nous sommes loin de certaines niaiseries européennes bien grasses, voire de cet obscurantisme surfant sur la vague du théâtre contemporain masturbatoire, comme cela est hélas le cas en France…
A Taïwan, l’humour, auto-dérision et légèreté, et le drame, légende et quotidien perlé de tragédie, se répondent, s’entrelacent, partagent le même espace et la même temporalité, sublimés par la grâce de la gestique asiatique et un symbolisme esthétique fort éloigné de l’esthétisme outrancier et vain… Et ce, même dans leurs créations les plus contemporaines, voire les plus réalistes ou figuratives.
De plus, là bas, la danse et le chant font partie intégrante d’une oeuvre -tout bon artiste se respectant maîtrise ces arts – ; ils ponctuent avec subtilité la trame dramatique du récit théâtral, récit pouvant être dans sa forme classique, ou linéaire, mais aussi très moderne, voire fragmentée à l’image du cinéma ou du théâtre actuel européen. Il en est de même du jeu des artistes incorporant aux techniques traditionnelles des techniques d’une modernité étonnante.
Bien que souvent adaptées de fables ou légendes anciennes qui montrent ô combien la Chine ancienne pouvait être ouverte, avant l’arrivée du Parti communiste chinois, ces créations se ré-approprient le présent – leur histoire et l’Histoire du monde et de l’humanité- avec une acuité et une pertinence troublante d’universalité (par exemple, he is my wife, he is my mother de Katherine H. Chou dont nous parlerons dans un autre article).
extrait 1 de He is my wife, he is my mother
extrait 2 de He is my wife, he is my mother
Nous sommes face à des oeuvres qui tendent à partir d’une histoire particulière, propre à leur pays, vers l’universel : certaines scènes pourraient se passer dans n’importe quel pays européen car ce qui se joue dans ces oeuvres modernes est la question onthologique du rapport à soi et à l’autre, des rapports humains, du rapport au monde au-delà des frontières. Questionnements communs à tous les peuples…. lorsque ces derniers dépassent la question de l’avoir.
Pour exemple, Sisters Trio, mis en scène par Hsu Yen ling, adapté d’une vieille légende chinoise et recontextualisé à une époque où les lesbiennes étaient réprimées. Cette pièce en noir et blanc, à la scénographie suggestive et modulable composée d’une kyrielle de petits coussins blancs formant une entrée de grotte, un lit, des assises…., dans laquelle les comédiennes sont vêtues de costumes noirs et de longues chemises blanches, n’est pas sans rappeler les représentations des bars homosexuels des années 20 en France où les garçonnes venaient se retrouver en cachette. L’atmosphère du spectacle et les scènes qui se jouent sous nos yeux, très réalistes pour certaines, nous font oublier que nous sommes face à une création taïwanaise… si ce n’est que le texte est dit en chinois.
Qui plus est, et ce n’est pas sans déplaire, les artistes taïwanais font preuve d’audace dans leurs créations. En effet, lorsqu’on regarde les trois créations de Hsu yen ling qui traitent sous trois angles et à trois temps différents, usant de trois esthétiques distinctes (colorée, noire et blanc, pastel), des rapports saphiques (la première, skin touching , s’apparente plutôt à une comédie sentimentale contée à la façon d’une fable musicale; la deuxième, sisters trio, à un drame historique relatant l’oppression masculine, la troisième, a date, à un récit cinématographique des quotidiens des lesbiennes du monde), on ne peut être qu’impressionné de voir ô combien ses créations détournent le politiquement correct, osant montrer sur scène, avec sensualité et sans voyeurisme, ces moments d’intimité que même en France, il est très rare de voir au théâtre, notamment en ce qui est des relations amoureuses entre deux femmes, un sujet encore très tabou dans le théâtre français.
Une liberté de ton se dégage de ses créations, une liberté conquise avec l’arme de l’intelligence, un brin moqueuse, et non celle de la provocation, hélas souvent gratuite; le tout mis à la scène avec talent et sans prétention, juste celle de dire ce qui est et existe, nous interrogeant en filigrane sur l’ouverture, la tolérance, la liberté et notre choix de vie……
![]() Skin Touching - Hsu Yen Ling |
![]() Sisters Trio - Hsu Yen Ling |
![]() A Date - Hsu Yen Ling |
Pour terminer, je soulignerais que, contrairement à chez nous, les créations taïwanaises ne se réduisent pas à un ou deux personnages mais bien plus souvent, elles peuvent compter de 8 à 17 personnages, comme cela est le cas des créations de Hsu Yen ling… Pourtant, les artistes là-bas, sont bien moins subventionnés que chez nous…. Alors, pourquoi tant de frilosité, chers amis ?
Diane Vandermolina
crédit photo : photos publiées avec l’aimable courtoisie de Hsu Yen Ling
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